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Améliorer les soins pour maman et bébé, pratiquer moins de césariennes et… économiser de l’argent!

Un programme de formation pour améliorer la prise en charge obstétricale a diminué le nombre de césariennes non justifiées médicalement et généré des économies importantes pour le système de santé au Québec, en plus d’améliorer la qualité des soins donnés aux mères et aux bébés.

Au Canada, une femme sur quatre accouche par césarienne. Cette intervention peut sauver la vie de la mère et du bébé. Mais l’augmentation croissante des taux de césariennes dans les pays industrialisés est inquiétante parce qu’une césarienne non médicalement requise comporte des risques de complications pour la mère et son enfant, en plus d’entraîner des coûts additionnels pour le système de santé.

Pour la première fois, une étude publiée aujourd’hui dans BMC Medicine a évalué les retombées économiques et les avantages d’un programme de formation élaboré conjointement avec la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada.

« Nous avons démontré que la formation professionnelle et l’autoévaluation de la pratique clinique en obstétrique sont efficaces pour diminuer les taux de césariennes non médicalement nécessaires et améliorer la qualité des soins apportés aux mères et aux bébés. Ce programme de formation a conduit à une réduction des coûts d'environ 180 $ par accouchement. S’il était offert dans tous les hôpitaux du Québec, cela se traduirait par des économies de 15,8 M$ annuellement », fait valoir Mira Johri, chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal, professeure à l’École de santé publique de l’UdeM et première auteure de l’étude.

L'étude QUARISMA (pour Qualité des soins, gestion du risque obstétrical et du mode d’accouchement au Québec) est un essai randomisé en grappes qui s’est déroulé dans 32 hôpitaux du Québec entre 2008 et 2012. Dans la moitié des hôpitaux visés, les professionnels de la santé ont suivi le programme QUARISMA, qui s’appuie sur une formation aux pratiques optimales et sur l’autoévaluation de la pratique clinique par audits et rétroaction. Dans l’autre moitié des hôpitaux – le groupe témoin –, les soins habituels ont été donnés, sans intervention particulière.

« Nous avons constaté qu’une intervention multiple basée sur l’autoévaluation de la pratique clinique par les pairs et visant les professionnels de la santé entraîne une légère réduction du taux de césariennes, ainsi qu’une diminution des complications graves chez les nouveau-nés, ce qui laisse penser que la baisse du taux de césariennes est sécuritaire et n’a pas d’effets néfastes sur la santé maternelle ou néonatale », affirme Nils Chaillet, investigateur principal de l’essai QUARISMA, chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval et professeur à la Faculté de médecine de l’Université Laval.

Ces résultats témoignant de l’efficacité du programme ont été publiés dans The New England Journal of Medicine en avril 2015. Aujourd’hui, après avoir analysé l’effet du programme chez 105 351 femmes visées par cette étude, les chercheurs concluent que, en plus de réduire le nombre de césariennes non justifiées médicalement, le programme permet d’économiser de l’argent.

Comment une légère diminution du taux de césariennes peut-elle permettre des économies de plusieurs millions de dollars par année? Est-ce à dire que les césariennes sont des interventions coûteuses? « En fait, la réduction des coûts n’est pas attribuable aux modestes réductions de césariennes, mais plutôt au fait qu’une meilleure prise en charge engendre moins de complications néonatales en général et donc une meilleure utilisation des ressources dans le groupe d’intervention », explique Mira Johri. L’économie de 15,8 M$ est donc principalement due à l’optimisation des soins et des interventions.

« Les césariennes sont importantes pour la baisse de la mortalité et de la morbidité périnatales dans les cas de grossesses à risque élevé. Par contre, les césariennes non nécessaires sur le plan médical n’apportent aucun bienfait et peuvent même provoquer des complications inutiles », ajoute Nils Chaillet.

« Quand vient le temps de décider de pratiquer une césarienne ou non, les facteurs cliniques ne sont pas toujours prédominants. L'amélioration de la qualité des soins est dans l'intérêt de tous. Nous démontrons qu'un programme de formation pour les professionnels de la santé diminue le nombre de césariennes non médicalement requises et s'avère bénéfique pour les finances publiques, la santé des mères et des bébés », conclut Mira Johri.

À PROPOS DE CETTE ÉTUDE

L’article « A cluster-randomized trial to reduce caesarean delivery rates in Quebec: Cost-effectiveness analysis » a été publié le 22 mai 2017 dans BMC Medicine. Cette recherche a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada. Mira Johri est chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal et professeure à l’École de santé publique de l’UdeM. Nils Chaillet est chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval. >

Pour en savoir plus, consultez l’étude. DOI: 10.1186/s12916-017-0859-8.

Source : Centre de recherche du CHUM

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