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Avoir l'esprit au magasinage - regard sur le syndrome d'achat compulsif

Dr Ronald Fraser

 

Hélas, la saison des fêtes approche, de même que la nécessité de magasiner… magasiner… et magasiner!

« Jusqu’à 70 % de rabais sur les produits électroniques », « 50 % de rabais sur les vêtements pour enfants », « VENTE DES FÊTES MAINTENANT! » 

Statistique Canada révèle que les ventes au détail effectuées en novembre et en décembre 2014 représentaient 18 % de toutes les ventes de l’année. En raison de toute la publicité entourant le magasinage des fêtes, les personnes souffrant du syndrome d’achat compulsif, soit 5 % des Canadiens, peuvent éprouver de la difficulté à simplement dire non.

D’après le docteur Ronald Fraser, directeur du service de désintoxication en établissement au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et de la clinique du trouble de personnalité limite, soins à long terme, un acheteur compulsif est dépendant des pensées sur le magasinage et du sentiment euphorique qui les accompagnent.

« Les comportements de dépendance, comme les achats compulsifs, ne tournent pas autour de l’acquisition d’un article ou d’un objet, mais de l’obtention d’un sentiment de bien-être. C’est une technique de réconfort, déclare le Dr Fraser, qui souligne la possibilité de liens génétiques. Par exemple, une personne peut avoir un parent alcoolique et décider de ne jamais boire d’alcool parce qu’elle a vu les ravages de cette dépendance, mais exprime plutôt ses tendances à la dépendance en se réconfortant par des achats compulsifs. »

Quand le magasinage devient une dépendance

Bien des gens adorent magasiner et profiter d’une aubaine, mais ont-ils alors un comportement compulsif? Ce qui distingue le magasinage ordinaire d’un comportement problématique, c’est le contrôle des impulsions.

« Pour poser un diagnostic de syndrome d’achat compulsif, il faut constater une perturbation fonctionnelle. La personne consacre tellement de temps à chercher des rabais qu’elle néglige ses activités quotidiennes, affirme le Dr Fraser. Par exemple, elle ne va pas chercher ses enfants à l’école ou ne se lave pas, par crainte de manquer une vente instantanée. »

L’acheteur compulsif affronte sa détresse par l’action d’acheter. Une fois l’achat fait, « il ressent une bouffée de “l’hormone du plaisir”, la dopamine, qui afflue au cerveau et lui donne une impression de bien-être, ajoute-t-il. Mais ce plaisir est de très courte durée. Ce n’est pas une solution à long terme pour gérer le stress. La personne ressent quelques instants de plaisir, mais doit acheter de nouveau une fois ce plaisir disparu. Elle est prise dans un cycle qui devient compulsif. Ce n’est plus un besoin ou un désir, c’est un comportement. »

Que peut faire une personne qui reçoit un diagnostic de syndrome d’achat compulsif ou qui craint qu’un membre de sa famille ou qu’un ami en soit atteint? Le Dr Fraser explique que « le secret réside dans la modération et dans une relation saine avec le magasinage, ce qui n’est pas toujours facile. »

Le traitement du syndrome d’achat compulsif inclut la thérapie cognitivocomportementale, qui procure les habiletés nécessaires pour gérer la compulsion et faire face à la détresse. Les médicaments contre l’accoutumance peuvent également être utiles, parce qu’ils réduisent l’envie de s’adonner à un comportement compulsif. Il y a des groupes d’entraide, comme les Débiteurs Anonymes qui s’inspirent du programme en 12 étapes des Alcooliques Anonymes. Parmi les solutions, on peut retirer les cartes de crédit et de débit et limiter l’accès à l’argent liquide, mais le Dr Fraser précise que bien des gens refusent. « Ils n’aiment pas le contrôle extérieur parce qu’ils le trouvent humiliant, mais il est parfois nécessaire, puisque le comportement est compulsif et difficile à contrôler. »

Fournir les bons outils aux patients

Même s’il existe des traitements pour aider les acheteurs compulsifs à contrôler leur dépendance, rares sont ceux qui demandent de l’aide parce que les effets sont différés, tandis que quelqu’un qui a un problème de toxicomanie verra immédiatement les effets d’une surdose qui l’emmène à l’urgence. Toutefois, des conflits relationnels peuvent survenir lorsqu’un adulte fait des achats qu’il ne peut se permettre et qui ont des conséquences sur le budget familial. De plus, il n’y a pas beaucoup de recherches sur ce syndrome.

« Au bout du compte, un traitement du syndrome d’achat compulsif qui fonctionne doit doter la personne d’un ensemble d’habiletés de contrôle de soi, conclut le Dr Fraser. La dépendance ne découle pas d’un manque de volonté, mais d’un manque d’habiletés. Il faut lui donner les habiletés nécessaires pour gérer sa détresse sans faire d’achats. »

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